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Planter des pierres – Dresser des pierres

2019

Comment concilier art et fonction? Est-il possible de conserver un geste artistique pur avec des contraintes liées à un usage spécifique? La question se pose d’emblée dans le cadre du concours pour une intervention artistique sur la parcelle extérieure de l’EVE Monthoux organisé par le Fonds d’art contemporain de Meyrin (FACM). Les propositions attendues devaient en effet produire de l’ombre pour les enfants durant leurs sorties. La parcelle extérieure du bâtiment construit dans un délai très court en 2015 n’avait pas été aménagée, si ce n’est le léger modelé du terrain, un cheminement central et quelques arbres espacés, au feuillage peu fourni. Conscient de ce paradoxe, le jury du concours, comprenant les membres de la commission du FACM, les architectes et la direction de l’EVE, espéraient néanmoins un véritable aménagement artistique, afin d’éveiller à l’art et de stimuler les émotions esthétiques des jeunes usagers de la crèche. Apporter une dimension artistique au site, un « supplément d’âme » d’artiste en quelque sorte, apparaissait comme le réel enjeu du concours sur invitation lancé en 2018. 

Alexandre Joly a convaincu le jury unanimement, séduit par l’évidence de son projet Planter des arbres, dresser des pierres et par la simplicité avec laquelle il a su répondre au cahier des charges. Quoi de plus évident, de plus simple en effet que d’utiliser des matériaux naturels pour prodiguer ombre et couvert ? Sans recourir à l’architecture — pas de pergola, ni de pavillon ou autre construction ombrageant le site — Joly crée une oeuvre-paysage, sculpte le lieu en l’aménageant avec des arbres et des pierres, disposés dans leur état le plus élémentaire, celui de végétaux vivants et de roches brutes. La dualité entre fonction et art est ainsi détournée vers une nouvelle proposition entre paysage et art, dans une approche humble de l’artiste, qui se retient de tout geste sculptural manifeste et propose un site où la nature apparaît comme la force créatrice à l’oeuvre.

Le facm est très heureux d’accueillir la nouvelle oeuvre de Joly dans sa collection et d’offrir ainsi aux usagers une installation artistique pérenne et in situ pour la crèche. Earthwork urbain ou land art de la ville, Planter des arbres, dresser des pierres — titre simple et explicite — penche pour la nature. À la lisière de la campagne, Meyrin est une ville d’agglomération dense avec les champs à portée d’horizon. L’oeuvre rappelle cette proximité, fait vivre l’expérience d’une nature réenchantée par l’art. Plusieurs installations artistiques dans l’espace public — L’enfance du pli de Gilles Brusset (2016) dont les replis géologiques ondoient aux Boudines ou Le point d’interrogation d’Anne Blanchet (2010) qui forme un banc public dans le dénivelé du Jardin des disparus — dialoguent de la sorte et renouvellent aussi le langage du land art à Meyrin. Un fil rouge se dévoile ainsi entre les récentes commandes du facm, qui en invitant la création contemporaine au coeur même de la cité, contribue à l’expérience directe de l’art et façonne un certain « état d’âme » artistique à Meyrin.

Avant-propos

Camille Abele . Responsable du FACM . 2019

Extrait de la publication : ALEXANDRE JOLY PLANTER DES ARBRES, DRESSER DES PIERRES . EVE – MONTHOUX. © 2019 facm