Measuring the timbre - # 1 of 9 sounds

Mecatlan

2022
vitrine, plantes stabilisées et séchées, sphères de sel, perles de rocailles, laiton, moteurs, LED et divers petits objets.
199 x 70 x 191 cm
Exposition personnelle DOUBLE RAINBOW, Wilde gallery, Genève.
© Greg Clément

Regarder le monde comme l’on contemplerait un aquarium Mecatlan (2022) est une vitrine contenant un paysage fantastique miniature au milieu duquel siège un bâtiment brutaliste dont la fonction reste mystérieuse. Il pourrait s’agir d’un blockhaus, d’un temple d’une civilisation perdue ou, peut-être, d’une discothèque, illuminée de l’intérieur d’une lumière rose et, de part et d’autre, par des sphères qui semblent venues d’un autre monde. A l’instar de la Face House (1974) à Kyoto de Kazumasa Yamashita, joyau de l’architecture postmoderne, la façade de cette construction dessine un visage : deux oursins séchés au centre de la structure nous fixent comme des yeux et, à travers l’ouverture de la porte d’entrée, un champignon en plâtre bleu fait office de glotte. Alexandre Joly met ici en place un jeu d’échelle, autant conceptuel que perceptuel. Si cet assemblage est propre à toutes sortes de projections fantasmatiques, sorties tout droit d’un imaginaire de science-fiction des années 1970, celles-ci ne reposent sur aucun illusionnisme. À tout moment, il est impossible de ne pas percevoir que cette vitrine ne contient somme toute qu’un emballage d’imprimante en polystyrène (l’architecture), des plantes naturalisées (le paysage), et des luminaires de déco en Crystal de sel (les sphères venues d’un autre monde). On aurait donc plus affaire ici à un autel domestique fait de bric et de broc industriel et semi-précieux qu’à une maison de poupée. La structure même de la vitrine participe à cette oscillation d’états de conscience : bardé de miroirs sans tain, un jeu de résonance interne multiplie ce paysage à l’infini, et réfracte les reflets des spectateurs, de la salle d’exposition et des autres objets qu’elle contient. De part et d’autre de ce diorama, deux pives constitués de disques de laiton tournent lentement, dessinant un mouvement hypnotique, comme un mobile censé amener les enfants au rêve.

Fabrice Stroun _ extrait du texte Regarder le monde comme l’on contemplerait un aquarium